Lundi 3 août 2009 1 03 /08 /2009 10:35

Sous le signe de l'opprobre

UNE DANSE, UN STYLE : LA DANSE ORIENTALE

Aurélie Louchart pour Evene.fr - Juin 2009

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Les moins informés prennent la danse orientale pour une activité réservée aux enterrements de vie de garçon. Ceux qui le sont plus restent persuadés de la pratiquer quand ils bougent sur une chanson de Faudel ou Khaled. Dans les deux cas, ils se trompent. La danse orientale est un art véritable qui se pratique uniquement sur une musique spécifique. Et son histoire est liée à une constante méprise.


"Vous faites de la danse du ventre pour exciter votre mari ?" A cette question condensant tous les clichés sur la danse orientale, Leila Haddad, chorégraphe et professeur au Centre de danse du Marais, se voit encore souvent confrontée. Une vision en grande partie héritée de l'époque coloniale et qui nuit au développement d'un art pourtant millénaire, pratiqué dans tout le monde arabo-berbero-musulman.


Le choc culturel

En 1798, lorsque Bonaparte débarque avec ses troupes au Caire, l'Europe est encore largement marquée par un christianisme puritain. La danse est vue d'un très mauvais oeil ; le corps se doit d'être caché et ne peut s'exprimer librement. On appelle le bassin "partie honteuse". En Polynésie, où la danse se joue dans cette zone, les missionnaires l'interdisent purement et simplement. De l'autre côté de l'océan, en Europe, les danses folkloriques laissent uniquement les pieds s'agiter tandis que le reste du corps demeure parfaitement rigide, même corseté pour les femmes. Dans ce monde où la vision d'une cheville est le summum de l'érotisme, les soldats de Bonaparte débarquent en Egypte et découvrent des demoiselles qui bougent chaque partie de leur corps. Le travail du bassin et du ventre s'avère approfondi, le nombre de mouvements de bras, de tête, de déliés des doigts et des mains presque aussi incalculable. Les hommes, hypnotisés par le ventre ondulant et dénudé, n'en retiennent que cela, assimilant rapidement les danseuses à des prostituées. Le nom "danse du ventre" apparaît, extrêmement péjoratif et uniquement utilisé dans le monde occidental.


Vous avez dit mépris ?

A partir du milieu du XIXe siècle, l'orientalisme, la vision déformée du monde musulman qu'il corrobore sont à la mode. L'Europe oscille entre fascination et mépris de cette civilisation qu'elle connaît mal. Grâce aux "danseuses du ventre", les pavillons égyptiens et maghrébins tiennent le haut de l'affiche lors des expositions universelles. Les danseuses sont parfois des immigrées recrutées à quelques rues de là et n'ayant jamais pratiqué la danse orientale mais, peu importe, le peuple veut voir des ventres s'agiter, on lui en donne. La danse devient un "numéro comique obligé" (1) et de plus en plus dénudé. Les Européens qui se rendent sur place n'ont pas une image plus exacte de la réalité puisqu'ils ne côtoient pas les autochtones, et ne voient pas la danse pratiquée dans les familles, mais plutôt dans les maisons closes.
Dans tous les cas, le regard de l'Européen reste méprisant, comme en témoignent de nombreux textes de l'époque : "La danse est peu élégante. Elle consiste en un tremblement très rapide des hanches d'un côté vers l'autre." (2), "Elles dansent, se tordent, frissonnent avec des palpitations de vertiges et secouent leurs seins lourds, sans changer de place, en contemplant leur propre ventre épileptique jusqu'à ce que l'agonie du spasme les fasse s'agenouiller pour tomber convulsives, les yeux chavirés." (3) Fatigué de cette image déplorable, le gouvernement égyptien envisagera même dans les années 1950 d'interdire la pratique de la danse dans les lieux publics, pour finalement se contenter de rendre illégal pour quelques années le fait de danser sans avoir le ventre couvert.


Le coup du siècle

Si elle n'est plus frappée d'opprobre, la danse orientale reste aujourd'hui encore associée à la sexualité en Occident. Dans '211 idées pour devenir une fille brillante' publié en 2008 chez Marabout, le chapitre "Tout ce que vous devez savoir pour être une vraie catin" s'ouvre ainsi sur la danse du ventre. (4) On entend plus généralement qu'elle permettrait aux femmes d'être de bonnes maîtresses. S'il est vrai que la pratique de la danse orientale permet d'être plus à l'aise dans sa sexualité, c'est parce que sa pratique permet une plus grande harmonie avec son corps. Mais cette logique est valable dans le cas de toutes les danses. L'impression qu'elle est plus sexualisée que les autres est, selon Leila Haddad, toute relative : "Il y a différentes façons d'aborder le corps et la féminité. Ici, les gens sont émoustillés quand quelqu'un bouge un peu le bassin, mais les filles se baladent à moitié nues dans les rues et ça laisse tout le monde indifférent. A l'inverse, j'ai emmené une amie palestinienne voir un ballet à l'Opéra de Paris. On voit la forme du sexe des hommes, les femmes portent des justaucorps et lèvent la jambe… Elle est sortie extrêmement choquée."   Lire la suite de Sous le signe de l'opprobre »

(1) Suzanne de Soye, 'La Danse orientale et ses accessoires', Suzanne de Soye, 1999.
(2) EW Lane,
'The Manners and Customs of the Modern Egyptians', Cosimo Classique, 2005 (première publication : 1836).
(3) Enrique Gomez Carillo,
'Quelques petites âmes d'ici et d'ailleurs', Sansot, 1904.
(4) Bunty Cutler,
'211 idées pour devenir une fille brillante', Marabout, 2008.Des origines sacrées

Le monde façonné par le christianisme perçoit les mouvements du bassin tout à fait différemment du reste de la planète : "Dans tous les pays du soleil, les gens dansent avec le bassin. Le ventre, c'est le berceau de l'humanité. Il n'y a pas plus sacrée que cette partie du corps." Certaines recherches mènent à penser que la danse orientale était déjà pratiquée il y a plus de 5.000 ans. Des peintures rupestres attesteraient de la présence de danses sacrées extrêmement proches de celle-ci, pratiquées pour célébrer les divinités féminines. En effet, à l'époque, on ne savait pas encore que l'homme jouait un rôle dans la procréation, la femme, qui donnait la vie, était donc considérée comme une demi-divinité. Avec l'arrivée du christianisme, les rituels païens furent interdits et la danse aurait été perpétrée dans le secret des maisons. Néanmoins, énormément d'écrits ont disparu, détruits par les Chrétiens ou lors d'incendies, comme celui de la grande bibliothèque d'Alexandrie. Encore aujourd'hui, si les bibliothèques parisiennes recèlent d'essais sur le tango, le hip-hop, le flamenco ou la salsa, hormis quelques abécédaires des mouvements - abécédaires encore souvent intitulés 'La Danse du ventre', les rayons demeurent désespérément vides concernant la danse orientale. Même l'origine géographique de celle-ci fait débat : Liban, Inde tzigane, Egypte ou Turquie ? Faute de traces écrites, les versions se contredisent. C'est en tous cas dans les pays conquis par l'islam qu'elle est restée la plus populaire et a atteint le plus grand raffinement.


Deux facettes

Même dans ses pays de prédilection, la danse orientale est perçue de façon ambivalente. D'un côté, dans un cadre privé, elle est chérie. On apprend le raqs el sharqi comme elle se nomme en arabe, en famille, par mimétisme. Tout le monde sait au moins un peu la danser. Aux mariages, pour n'importe quelle fête, on la pratique. Elle fait incontestablement partie de la culture arabo-berbero-musulmane. Mais en dehors de ce cadre, à part dans quelques festivals et en Egypte où elle est très répandue, la danse orientale n'existe que dans les cabarets. Or, par cabaret, il faut entendre lieu où les hommes vont la nuit, seuls, où alcools et drogues circulent et où il n'est pas rare de voir les filles vendre leur corps. Pour Leila Haddad, cela n'entache en rien la danse : "Ce qui est mal vu, ce n'est pas la danse orientale en elle-même, ce sont les lieux où elle est dansée. Toute française et ouverte d'esprit que vous êtes, si votre fille vous disait qu'elle allait danser du classique dans un peep show à Pigalle, vous ne seriez pas ravie." Faute de lieu acceptable où pratiquer la danse, il existe encore très peu de danseuses professionnelles dans la région. "Les nouveaux temples, ce sont les théâtres. Je veux ouvrir leurs portes." Depuis vingt ans, Leila Haddad se bat pour que la danse orientale soit intégrée au programme de salles européennes. Mais c'est encore rare : "Cela demande de se bagarrer comme une tigresse pour imposer cette danse, faire changer les mentalités. En France, beaucoup ont encore cette image très bête de la Fatma qui remue. Un directeur de théâtre m'a même demandé de ne pas faire un spectacle de danse "islamiste" !" Le chemin pour la reconnaissance semble encore étonnamment long.

Art millénaire loin de se limiter à quelques mouvements de bassin (une heure de cours prouvera aux plus sceptiques que danser l'orientale nécessite un véritable apprentissage), la danse orientale fait partie du patrimoine culturel de 250 millions d'âmes. Tout un monde arabo-berbero-musulman mis au ban des salles de théâtre. Le premier pas vers la réussite d'une France multiculturelle pourrait être de ne pas ignorer un pan entier du patrimoine de l'une de ses communautés.

Aurélie Louchart pour Evene.fr - Juin 2009

 Merci à Lyly de nous faire partager cet article.
Par éric - Publié dans : l'actualité de la danse orientale
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Nous sommes le rythme!

Dès le  début de l'existence, la percussion a toujours été présente. Notre premier contact avec elle, nous l'avons avant même de naître, à travers les  battements réconfortants du coeur de notre mère, dans cette caisse de résonnance qu'est son ventre!
Le rythme nous accompagne en marchant, e, claquant des doigts, en applaudissant et dans notre coeur même....Ce n'est dont pas étonnant que la percussion soit la première expression musicale de l'humanité.
Le rythme reflète le caractère, le sentiment et la vie des peuples et dans les anciennes civilisations; aussi enracinées à  la terre que celles qui peuplent l'Afrique, le Proche-Orient ou la méditerranée Orientale, la percussion se charge d'une signification très spéciale.Les rythmes sont une bonne preuve de la richesse culturelle de ces peuples!
Khamis  Khenkesh(percussionniste  égyptien)

Les rythmes orientaux appliqués à la danse orientale.

Dans cette série d'articles nous vous présentons les principaux rythmes utilisés dans les pièces de musique du moyen-orient.
Régulièrement, nous évoquerons le rythme abordé en cours.Outre une brève description du rythme( histoire, utilisation...) nous vous proposerons, quand cela sera possible, une vidéo illustrant le-dit rythme...Bonne écoute et bonne danse!

 
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